Une histoire de famille
 

 

La Cense de Rigaux est le nom d’un domaine dont on retrouve déjà trace dans des archives datant du XIIe Siècle. Le mot “cense” désignait une ferme de grande exploitation cultivée par un censier, c'est-à-dire un locataire qui payait son fermage sous forme de cense (loyer) au propriétaire. “Rigaux” tire son origine du mot Rigaudière, ce qui signifie une terre de qualité médiocre.

Jusqu’au XVI siècle, la Cense de Rigaux appartenait à la famille des Princes de Ligne. En 1519, le Baron Antoine de Ligne et premier Comte de Fauquenberghe en Artois (surnommé "Le Grand Diable", en raison de son intrépidité dans les combats), donne en rente viagère le fief de la Rigaudière à titre d’arrentement perpétuel à Monsieur Pierre de Roissard. Depuis cette date et donc 500 ans, la Cense de Rigaux appartient toujours à l’un de ses lointains descendants.

Au 19e siècle, la famille Roissard mit la ferme dans les mains de censiers. Pendant la guerre 14-18, ses terres ont été un véritable champ de bataille.

Lors du décès du dernier censier, le Baron Didier del Marmol reprend la propriété de la Cense de Rigaux et entame les restaurations, qui dureront de 1987 à 2002. Depuis 1993, les lieux abritent différents salons de réceptions.

En 2018, son fils Jean-Baptiste del Marmol y démarre une exploitation de maraîchage biologique. Il s’inscrit ainsi dans la lignée de ses ancêtres en faisant produire à cette “rigaudière” des légumes dont la qualité est loin d’être médiocre.

L’architecture

L’architecture de la Cense de Rigaux est typiquement tournaisienne et date principalement du 17e et 18e siècles. Les bâtiments antérieurs ont disparus.

Les fermes du Tournaisis sont souvent construites en carré autour d’une cour fermée afin de se protéger contre les invasions des ennemis ou les voleurs. En effet, ces fermes renfermaient des richesses convoitées (le bétail, les stocks de céréales, etc). Ce quadrilatère en briques était à l’origine chaulé, afin de protéger la brique poreuse et friable qui était cuite sur place avec la terre du cru. En témoigne aujourd’hui la peinture jaune qui donne à la Cense un air joyeux et lumineux.

La Grange du XVIIIe

Construite au XVIIe siècle, la grange s’élance sur une impressionnante surface de 500 mètres carré.

Sa charpente en chêne peut surprendre par sa légèreté. Cela tient au fait qu’il y a quelques dizaines d’années, le toit était encore fait de chaume, un matériau plus léger que les tuiles. Pour la petite histoire, les charpentiers réalisaient en été les charpentes de grange, et en hiver, les navires. La construction de ces deux ouvrages est identique mais inversée.

Le porche

Le porche de la Cense est surmonté d’un colombier. Sous l’ancien Régime, une loi limitait le nombre de colombes qu’une ferme pouvait détenir (2 couples à l’hectare) pour mettre fin aux dégâts aux cultures provoqués par les volatiles et aux bagarres qu’elles entraînaient entre voisins. Le grand nombre de colombes et la taille du colombier étaient donc l’image de marque de la Cense et signe de la surface exploitée par la ferme.

Pierres Bleues, Séchoir à Tabac et Clocheton

Dans les étables, actuellement transformées en salons de réception, on peut encore voir d’anciennes stalles (qui séparaient les vaches 2 par 2) et le bac à eau, en pierre de Tournai.

Les écuries prolongent le corps de logis et abritent d’anciens râteliers pour le foin des chevaux, un bac à eau en pierre ainsi que des auges pour l’avoine. Il est assez rare aujourd’hui de trouver ces trois éléments. Les écuries abritaient il y a quelques dizaines d’années 9 chevaux de traits. A présent, elles tiennent lieu de salons de réception avec un charme authentique.

Au milieu de la cour se dessine un petit bâtiment ouvert sur 6 piliers: c’est un séchoir à tabac. Au 19e siècle et au début du 20e siècle, on y pendait, accrochés sur des fils tendus parallèlement aux poutres, des plants de tabac cultivés dans la région. Face au porche, ce bâtiment est toujours dans un courant d’air, permettant un séchage rapide. Beaucoup de ferme dans le Tournaisis possédaient un bâtiment semblable mais qui fut détruit pour la plupart d’entre elles.

Enfin, on ne peut oublier le clocheton qui surplombe le corps de logis. Il servait à rappeler les cartons (conducteurs de chevaux) et les ouvriers aux heures de repas.