Un Lieu riche en histoire

La Cense de Rigaux

La Cense de Rigaux est le nom de ce fief, de ce domaine dont on retrouve déjà trace dans des anciennes archives à partir du XIIe Siècle.

Cense signifiait une ferme cultivée par un Censier, c'est-à-dire un locataire qui payait son fermage sous forme de Cense (loyer) au propriétaire.

A l’époque, il existait 3 sortes de bâtiments agricoles l
- les enclottes ou enclosures : constructions rudimentaires très légères en torchis et bois disparues aujourd’hui
- les maisons : petites fermes avec 2 ou 3 hectares et quelques bêtes
- les Censes : les grosses exploitations.

Rigaux tire son origine du mot Rigaudière, ce qui signifie une terre de qualité médiocre.

Une Histoire de Famille

Jusqu’au XVI siècle, la Cense de Rigaux appartenait à la famille de Ligne (princes de Beloeil). Au moyen âge, la famille de Ligne possédait environ 1900 fiefs (domaines) cultivées par un censier.

En 1519, Antoine - Baron de Ligne et premier Comte de Fauquenberghe an Artois (ce dernier surnommé "Le Grand Diable", en raison de son intrépidité dans les combats), donne en rente viagère le fief de la Rigaudière à titre d’arrentement perpétuel à Monsieur Pierre de Roissard.
Depuis cette date, la Cense de Rigaux n’a jamais été vendue mais appartient toujours à l’un de ses lointains descendants.

Au 19e siècle, la famille de Roissard mirent la ferme dans les mains de Censiers.
Elle passe alors progressivement par alliance aux Prioux de Beaudimont.

La Cense de Rigaux a été louée à des agriculteurs pendant plusieurs siècles.
Pendant la guerre 14-18, ses terres ont été un véritable champ de bataille.
Après la guerre, les fermiers n’ont pas pu cultiver les terres durant plusieurs années : en effet, les terres étaient criblées de cratères dus à l’explosion des obus et infestées d’obus non explosés. Le travail du fermier a été de ramasser les obus et de niveler le sol et vendre la ferraille à défaut de blé.
Encore aujourd’hui, en travaillant le sol, on retrouve de temps en temps un obus que les démineurs d’Heverlée viennent enlever en prenant mille précautions.

Lors du décès du dernier Censier, Le Baron Didier del Marmol demande à sa grand-mère de pouvoir l’occuper.
La Cense de Rigaux, en très mauvais état a été restaurée entre 1987 et 2002

Depuis 1993, les lieux abritent différents salons de réceptions et une Boutique de produits fins Upignac. (Truffes & foie gras)

Tanguy de Decker en gère l'exploitation depuis 2005.

L'Architecture

L’architecture de la Cense de Rigaux est typiquement tournaisienne principalement du 17e et 18e siècle.
Les bâtiments antérieurs ont disparus.

C’est un quadrilatère en briques à l’origine chaulé en jaune (actuellement peint).
Le chaulage n’était pas une question d’esthétique au départ mais une nécessité.
En effet, les briques étaient cuites sur place avec la terre du cru.
Or, l’argile de notre région donnait une brique poreuse et friable.
Pour la protéger des intempéries et des oiseaux, elle était chaulée.
Les fermes du Tournaisis sont souvent construites en carré autour d’une cour fermée afin de se protéger contre les invasions des ennemis ou des voleurs.
Les fermes renfermaient des richesses convoitées (le bétail, les stocks de céréales, etc)

La Grange du XVIIIe

Il y a quelques dizaines d’années, le toit était en chaume, matériau plus léger que les tuiles, ce qui explique la légèreté de la charpente en chêne.
Les charpentiers réalisaient en été les charpentes de grange et en hiver les navires. La construction de ces deux ouvrages est identique mais inversée.

Le porche surmonté du colombier :
sous l’ancien Régime, une loi avait été instaurée limitant le nombre de colombes qu’une ferme pouvait détenir (2 couples à l’hectare) pour mettre fin aux dégâts aux cultures provoqués par les volatiles et aux bagarres entre voisins. Le colombier était donc l’image de marque de la Cense (au plus grand était le colombier, au plus importante était la surface exploitée par la ferme).


Pierres Bleues et Culture du Tabac

Les étables, actuellement transformées en salon de dégustation. On y voit encore les anciennes stalles (qui séparaient les vaches 2 par 2) en pierre de Tournai et le bac à eau en pierre également.

Les écuries en prolongement du corps de logis :
on y retrouve les râteliers pour le foin des chevaux, le bac à eau en dessous et entre les deux, les auges pour l’avoine. Il est assez rare de trouver ces 3 niveaux.
Les écuries abritaient il y a encore quelques dizaines d’années 9 chevaux de traits.

Le clocheton:
au dessus du corps de logis servait à rappeler les cartons (conducteurs de chevaux) et les ouvriers aux heures de repas.

Au milieu de la cour :
un petit bâtiment ouvert sur 6 piliers.
Il s’agit d’un séchoir à tabac.
On y pendait sur des fils tendus parallèlement aux poutres des plants de tabac, cultivés dans la région au 19e et début 20e siècle.
Face au porche, ce bâtiment est toujours dans un courant d’air.

Beaucoup de ferme dans le Tournaisis possédaient un bâtiment semblable mais la plupart ont disparus.